Nocturne au château d’Ansouis

Le 10 novembre de 19h00 à 23h, Le Château d’Ansouis et La Dolce Vita vous présentent leur 3ème nocturne au château,  avec le film de Pietro Germi  Séduite et Abandonnée  en V.O sous-titrée.  Sur réservation, places limitées.

Déroulé de la soirée :

  • 19h00 : accueil avec l’apéritif servi dans la salle voutée du Château
  • 19h45 : buffet Italien préparé par le chef Eric Sapet de « La Petite Maison » de Cucuron
  • 20h30 : film – 1ère partie
  • 21h30 : entracte et dessert
  • 22h : film – 2ème partie
  • 23h : fin de la soirée

 

SEDUITE ET ABANDONNEE
de Pietro Germi, Italie, 1964, 1h55
avec : Stefania Sandrelli, Saro Urzì, Lando Buzzanca
prix d’interprétation masculine pour Saro Urzi, au 17ème festival de Cannes.  Comédie, VO sous-titrée.

Synopsis :

Peppino habite une petite ville de Sicile. Fiancé à Mathilde Ascalone, il abuse de Agnese, la soeur de Mathilde. Lorsque le père, Vincenzo Ascalone, apprend le déshonneur de sa fille qui maintenant attend un enfant de Peppino, il enferme la fautive et espère convaincre le coupable de réparer son erreur.

Que le spectacle commence !

Luciano Vincenzoni et le détonant tandem de scénaristes Age-Scarpelli ont construit le film comme une succession frénétique de saynètes comiques aux dialogues ciselés et pleins de sel. Tout le piquant de leur scénario est dans la création d’un personnage contraint d’imaginer jusqu’à épuisement mille et un stratagèmes, pour sauver l’honneur familial menacé par la faute originelle d’Agnese. À tel point que le scénario a tout l’air d’un work in progress littéralement inventé par le paterfamilias Vincenzo Ascalone (remarquable Saro Urzi). La comédie à l’italienne, c’est d’abord celle que se jouent entre eux tous ces personnages en représentation, prisonniers du regard des autres. Scénariste, mais aussi metteur en scène et acteur, le père fait de la place du village la scène sur laquelle se nouent et se dénouent les actes du drame, dirigeant littéralement les acteurs, réglant leurs déplacements, leur intimant de rire à gorge déployée pour tromper le public des habitants du village. Cette débauche d’énergie fait partir le film dans la direction du western (Ford était un des modèles de Germi) ou du film policier, mais sur un mode comique : point de héros, mais de bien pitoyables histrions, que Germi à la mise en scène et Carlo Rustichelli à la musique assassinent sans scrupule. « Riez ! E viva », dira le père dans un dernier souffle, mourant caché, en coulisse, pour que la noce enfin célébrée ne soit pas ajournée. Ite missa est, la messe est dite, il n’y a plus rien à voir. Et l’on ne peut qu’applaudir les acteurs de cette farce tragique : Saro Urzi, le Père tout puissant, mais aussi Stefania Sandrelli, la jeune première (pas si) innocente, Aldo Puglisi, séducteur lâche et bouffon, Lando Buzzanca, en comte suicidaire édenté et accessoirement mari de rechange, et la ribambelle d’acteurs qui prennent place dans cette fresque sicilienne.

La comédie humaine

L’œuvre de Pietro Germi forme une sorte de comédie humaine, un édifice quelque peu balzacien, dont un pan serait les « scènes de la vie sicilienne ». Le cinéaste observe les hommes et la société comme un entomologiste, et d’un film à l’autre se tisse, à travers parfois le retour de mêmes acteurs (Saro Urzi, Stefania Sandrelli), tout un réseau de thèmes omniprésents (la sexualité, le mariage et le divorce, l’Église, la Justice), de figures obsessionnelles (le père), de scènes et de motifs récurrents, qui témoignent, au-delà de la diversité des genres abordés, de l’unité de l’œuvre et du regard (de plus en plus noir) porté sur la société italienne, voire sur la nature humaine. Au-delà de Pietro Germi, c’est tout le cinéma « à l’italienne » de cette époque qui peut être vu comme une vaste caisse de résonance dans laquelle chaque film vient amplifier ses accords. Ainsi dans Séduite et abandonnée, on retrouve une variation sur un motif : la place du village vue comme un théâtre, les mâles assemblés au café, qu’ils soient simplement oisifs, occupés à reluquer le défilé des femmes, ou à répandre le fiel de leur médisance sur leurs concitoyens. Les Vitelloni et La Dolce Vita ne sont alors pas si loin.

(origine : www.critikat.com)